Trop souvent, des incompréhensions surgissent dans les différents groupes d’action entre les personnes en situation de précarité et les animateurs. Trop souvent, des énergies se perdent dans des discussions inutiles, et trop souvent aussi des militants perdent courage et abandonnent la lutte. Cette session d’une semaine devait dynamiser les bonnes volontés.
A l’occasion de la journée porte ouverte du vendredi, plusieurs délégations venues de Tournai, Liège, Charleroi, Bruxelles… sont venues leur rendre visite et nous avons été étonnés par l’ambiance à la fois détendue, et par le travail accompli.
Comme il est impossible de tout résumer, nous citerons simplement ce témoignage d’un des gars : depuis que je suis né, je ne vivais pas. Aujourd’hui je vis.
Ils étaient plusieurs à s’être rendu compte que grâce à la présence et l’action dans un collectif que leur vie a pris réellement du sens. Bravo et à refaire. Un nouveau collectif a d’ailleurs pris naissance: Groupe anti-expulsions
Abris de nuit
Ce sont surtout les villes d’Antwerpen et celle de Liège qui attirent notre attention depuis plus de deux ans. Il semble qu’en Flandre, seule la ville d’Antwerpen possède un genre très spécial d’abri de nuit dont l’accessibilité est réservée aux chroniques et est payante. Les SDF touristes ne seraient pas admis.
Pour la ville, il n’y a pas de SDF puisque l’abri de nuit n’est pas complet.
Une action est entreprise depuis longtemps avec le DAK, mais ils semblent se heurter à un mur.
A Liège, ce n’est pas le paradis pour les sans domiciles. Pourtant, pour la première fois semble-t-il, une enquête a été faite au sujet des abris de nuit. Cela s’est fait grâce à des interviews de gens qui dorment dans ces abris et de ceux qui refusent d’y dormir ou qui ne trouvent pas de place.
Ces interview rejoignent en plusieurs points ce que nous avons constaté cet hiver. Nous avons également constaté que le système de lits à projets (ou à l’essai) donne certains bons résultats.
Il est évident que l’ouverture de la caserne uniquement par moins un degré provoque des remous. Il semble que ces vagues et cette enquête posent des questions aux organisateurs. L’argument de l’enveloppe fermée est souvent évoquée: nous recevons un budget fixe qui ne peut être dépassé. Si on consacre plus d’argent pour les abris de nuit, nous devons le retirer à d’autres projets.
Espérons que cela ira mieux l’hiver prochain, mais en attendant, même en été il est parfois pénible de dormir à la rue, et le système des 7 nuits par trimestre est toujours de vigueur.
Nouveau guide des SDF
Bonne et mauvaise nouvelle: l’édition actuelle qui date du mois de janvier 2005 est épuisée depuis longtemps. Mais pour la première fois, c’est l’administration fédérale qui a fait appel à nous afin d’améliorer la prochaine édition.
Plusieurs rencontres ont permis de mettre au point nos idées: en tout premier lieu, qu’il soit lisible pour des yeux affaiblis par la vie. Nous proposons également une meilleure mise en page, une table des matières, une liste de mots clefs, l’ajout de la problématique des expulsions sauvages et bien d’autres choses.
Une autre rencontre au sommet est prévue.
Russie: recensement des personnes sans-abri à Saint-Pétersbourg avant le sommet du G8.
Un recensement des personnes sans-abri a commencé dans le faubourg de Strelnya à Saint-Pétersbourg, juste avant le sommet du G8 qui est prévu pour l’été 2006.
Des employés du secteur public, des travailleurs sociaux et des agents contrôlent les sous-sols et les greniers des immeubles et des maisons abandonnées à la recherche de personnes sans-abri afin de les insérer dans leur base de données.
Ils prennent des photos et leurs empruntes digitales. Les autorités admettent que ce recensement est effectué dans le cadre de la préparation du sommet.
Toutes les personnes dormant à la rue et celles qui mendient seront sans doute envoyées à l’extérieur de la ville. Selon les habitants, lors des célébrations du 300e anniversaire de la ville il y avait apparemment moins de personnes sans-abri dans les rues que d’habitude.
DES SDF AU FORUM SOCIAL D’ATHENES
Une petite délégation de Charleroi, soutenue par différents sponsors ont eut la chance de participer au Forum Social Européen d’Athènes au début du mois de mai. Il est vrai qu’à Charleroi, les mal logés avaient participé très nombreux aux différents ateliers; lors du Forum Social de Charleroi au début de cette année.
C’est à ce moment qu’ils avaient établi des liens avec la campagne internationale Expulsions zéro. La présence du maire de Bobigny près de Paris avait permis d’échanger longuement sur cette campagne, puisque sa ville était la première ville française a avoir pris cet engagement solennel.
Depuis, cette campagne commence en Belgique et a pris un peu d’ampleur grâce au FS d’Athènes. Les slogans s’adaptent évidemment aux réalités politiques des pays. En Belgique, ce serait plutôt du genre Charleroi, zone de protection des locataires en difficulté économique. N’empêche que les différents Forum Sociaux évoluent et font un vrai travail en profondeur, loin des scènes de casse que les médias relayent trop souvent. Paul aura l’occasion d’en parler lors d’une rencontre bruxelloise.
Hommage bruxellois aux morts de la rue
Une première à Bruxelles: un hommage solennel aux 22 personnes décédées au courant de l’année 2005 soit dans la rue, soit du fait d’avoir vécu longtemps à la rue.
Entre 250 et 300 personnes présentes dans la magnifique salle des mariages de l’Hôtel de Ville de Bruxelles (Grand Place). Des délégations venues d’Antwerpen, Leuven, Charleroi, Gent et même de Paris. En effet, depuis plusieurs années, sous l’impulsion d’ATD Quart Monde, la Ville de Paris organise une telle cérémonie depuis plusieurs années, ainsi d’ailleurs que Montréal au Canada.
A Bruxelles, c’est depuis près de deux ans que le collectif Morts de la rue est né. Cette journée était un peu comme la consécration de tous les efforts. En effet, à chaque décès le service population de la Ville prévient le collectif qui fait tourner l’information, les tombes sont actuellement identifiées, la mise en bière légèrement améliorée, une présence assurée et la « mémoire » est gardée.
Le noms des 22 personnes décédées ont été égrainées lentement, interrompu par des témoignages émouvants et l’évocation de l’au-revoir à l’harmonica de William. Le petit mot de la délégation française a soulevé un tonnerre d’applaudissements: Nous sommes heureux que vous fassiez cet hommage au printemps, c’est bien le signe qu’à la rue, on ne meurt pas seulement en hiver.
Nous espérons que le message interpellera également les décideurs politiques, car si ces personnes sont mortes trop tôt (moyenne de 42 ans), c’est en partie parce que décisions politiques n’ont pas été prises, ou parce qu’elles ne sont pas appliquées.