Alors que l’évaluation du Plan gel à Liège et l’enquête réalisée par le Relais Social auprès des gens de la rue semblent pouvoir annoncer quelques avancées, d’autres difficultés se révèlent dans le monde des exclus du logement.
Manger Comme chaque année, la période des vacances est délicate, car plusieurs associations prennent un congé et c’est normal. Mais comme la plupart ferment en même temps, cela cause des ennuis. De plus, le Resto du Cœur à Liège a été obligé – à contre cœur – de faire payer un euro pour les repas dès la réouverture; c’est malheureusement le cas dans la plupart des villes. Mais si vous ajoutez à cela que les Petites Sœurs à la rue Jonruelle ont arrêté définitivement de distribuer des repas à cause des violences subies, vous comprendrez qu’il est de plus en plus difficile de se nourrir quand on est en situation extrême.
Et d’un autre côté, à Liège, on réprime de plus en plus sévèrement la manche. Pour les colis alimentaires, les points de distribution ne sont pas nécessairement proches du lieu d’habitat, et les transports sont toujours aussi onéreux. Dans le cadre du relais Social, il y a une concertation afin d’obtenir le TEC moins cher, mais ce n’est pas pour demain.
Faire la manche dites-vous ? Ben oui da, essayez et vous verrez: à Liège, c’est interdit dans tel ou tel quartier, à tour de rôle. Le nombre de mancheurs dans les rues autorisées est limité à trois, et la manche sera bientôt interdite aux croisements des rues en ville. Et n’essayez pas de tendre un gobelet, c’est aussi interdit. Et pour être bien certain que ces règlements de police sont respectés, un policier circule très régulièrement en voiture banalisée pour interpeller les contrevenants et les amener en garde à vue jusqu’à deux heures du matin, quand il n’y a plus de bus pour circuler.
Alors on devient artiste de rue ? Oui, il y a moyen d’ajouter un petit quelque chose au menu quotidien grâce à ce métier, mais là aussi, vous êtes limités. Dans toutes les villes, il faut une autorisation pour se produire en public. C’est normal, mais par contre, à Liège, n’essayez pas de cracher du feu comme cela se fait dans le monde entier. Non, la ville pourrait s’enflammer, c’est interdit, et pourtant, cela rapporte. Alors que la seule chose que ces artistes de rue demandent, c’est d’être respectés par la police, car ils font leur boulot d’une manière légale.
L’assistanat entraînerait-il la violence ?
Logements non conformes
Là aussi, cela grince. Avec bien d’autres associations, nous avions demandé un code wallon du logement qui permette de lutter contre les loueurs de taudis. Notre slogan a toujours été: augmentez l’offre de logements, vous rendrez les prix accessibles à tous. Malheureusement, dans notre système libéral, la pression se fait par le bas: Liège, Bruxelles, Charleroi, Anvers, Namur les communes ferment des logements insalubres, mais... n’offrent rien, ou pas suffisamment, pour se reloger. Conclusion: on en arrive à supplier la commune de permettre à une famille de continuer à loger dans un logement pas suffisamment conforme, car autrement, ils devraient se réfugier dans un taudis encore pire.
Une Assistante sociale du CPAS peut-elle couper le RI à une famille qui loge dans un logement non conforme afin de l’obliger à le quitter ? De plus, à Liège comme dans d’autres villes, après avoir usé plusieurs cartes de téléphone pour obtenir un logement, vous apprenez que la garantie locative est refusée par le CPAS parce que le propriétaire se trouve sur une liste noire.
Et c’est reparti: des km à pied, des cartes de tél. pour chercher de nouveau, avec la crainte d’avoir un nouveau refus. Pourquoi cette célèbre “liste noire” n’est-elle pas affichée au CPAS ? ?
De l’eau potable Lors de la canicule d’il y a trois ans, les SDF de Bruxelles avaient clamé dans les médias que la canette de bière coûtait moins cher qu’une bouteille d’eau. Seules deux fontaines publiques dans la ville distribuaient de l’eau potable. Cette année, une quinzaine de points d’eau potable seront fonctionnels et une trentaine dans deux ans. C’est une victoire des gens de la rue, et une pareille initiative pourrait naître dans d’autres villes du pays.
Ainsi à Liège, seuls deux ou trois points d’eau potables existent en été, et encore moins à Charleroi ou à Namur.
Groupe d’action A Liège, un groupe commence petit à petit à prendre une vitesse de croisière. C’est le GADL qui se réunit à l’accueil Botanique, souvent c’est le premier mardi du mois. Dans bien des villes de Belgique, des personnes précarisées se rassemblent pour s’entraider, pour faire des projets, pour lutter et participer à des actions. Plusieurs groupes à Anvers (DAK, Badhuis, Kettelpatrouille…), dans le namurois (les caves de LST), Charleroi (Le Rebond), Bruxelles (Bij Ons, Ressort…). L’objectif de ces groupes et de nombreux autres est de passer de l’assistanat pur à la participation active : groupe ordinateur, groupe visite SDF hospitalisés, groupe détente, édition d’un journal, participation à des réunions de concertation, interpellation des pouvoirs, participation à des manifs etc…
Logements vides Bruxelles A partir de l’hôtel Tagawa (réquisitionné depuis près de 6 ans), le groupe continue à réfléchir et agir dans le calme. Actuellement, plusieurs maisons vides sont occupées par des familles, avec un accord à l’amiable avec les propriétaires. L’action continue en faisant un petit inventaire et continuer à occuper des logements vides, mais chaque fois, avec l’accord du proprio. C’est Joseph qui suit le groupe, nous tient informé et a visité de nombreux appartements sociaux vides sur la commune d’Ixelles.
PS: aux dernières nouvelles, nous apprenons qu’ils risquent de devoir partir, car des travaux pourraient bientôt commencer.
Faut-il se battre pour que les gens puissent avoir à manger à la rue, qu’ils puissent avoir des w-c et des douches à la rue, qu’ils puissent être soignés par des infirmières de rue ?
Ou faut-il se battre pour que les gens puissent avoir les revenus suffisants pour se payer un logement, des repas et des soins médicaux adaptés ?
Le pouvoir préfère parer au plus pressé, c’est facile et cela fait de la pub. Pourtant, nous privilégions les solutions à long terme qui permettent aux gens d’être autonomes.
L’assistance entraîne la violence, elle devient un droit que certains réclament avec violence. Par contre, l’autonomie libère et met l’homme debout.
Notre copain Artibano est venu nous rendre visite lors de notre dernière réunion. Assez satisfait, il rappelle qu’enfin des réflexions commencent à se faire au niveau politique et administratif concernant des alliances nécessaires à faire entre les pouvoirs publics et le privé pour augmenter le nombre de logement. Enfin, on commence à être raisonnable ! Une des possibilités qui se dégage également, c’est de conclure une sorte de « leasing »: le locataire paie sa location, mais devient propriétaire de son bien après une quinzaine d’années. Entre temps, notre ami a mûri, appris à se modérer dans ses propos et annonce la sortie de son spectacle avant la fin de l’année.
C’est une proposition du Gouvernement qui sera discutée à la Chambre :un fonds fédéral pour tous les locataires. Tout le monde y aurait droit: vous payez le premier mois de la garantie locative, et le gouvernement garantit les deux autres mois. En pratique, vous versez sur un compte bloqué l’équivalent au premier mois, et l’État prend en charge le reste. Si vous êtes incapable de payer le premier mois, le CPAS peut le faire. En agissant ainsi, il n’y a plus de discrimination possible par rapport à des propriétaires qui refuseraient de louer à quelqu’un qui est au CPAS. Une pétition circule sur l’initiative du GADL de Mons: elle nous parviendra bientôt.
Le petit groupe d’habitants du terrain au 111 près des Baraques à LLN ont été convoqués au tribunal avec menace d’une astreinte de 100 € par jour et par personne s’ils ne quittent pas les lieux. Heureusement, l’avocat a réussi à faire reporter le jugement définitif pour le mois d’octobre. Mais l’avocat a été clair: à haut niveau, l’UCL a décidé d’employer tous les moyens pour les faire partir, mais sans urgence extrême. D’un autre côté, jusqu’au élection, la commune ne bougera pas, mais après…
Celles et ceux qui ont décidé de rester se mettent à l’œuvre pour proposer un projet valable à l’UCL : sécurité, hygiène, eau-électricité, activités etc…
Notre position est: puisque l’UCL a décidé d’élargir le périmètre d’habitat expérimental (Les Baraques), pourquoi en exclure des gens qui vivent un morde très alternatif de vie ?
De plus, lors de l’incendie il y a deux ans, le Ministre wallon Antoine avait promis de les aider, mais c’est un cercle vicieux: j’aménage le terrain si vous en trouvez un – et l’UCL: vous pouvez rester sur le terrain s’il est bien aménagé. Pol Trigalet, Alain et Jean suivent l’affaire, la commune de son côté les invite à entrer dans le Plan wallon “HP” prévu pour les habitants permanents de campings. Il y a du bien et du moins bien.
Entraide humanitaire.be
Aux dernières nouvelles, l’équipe continue sur leur lancée. Après un premier bâtiment au 50 rue de l’Athénée, ils viennent d’entrer dans un deuxième à Marcinelle au 5 de la rue Emile Nonnon.
Le premier bâtiment est le siège de leur asbl, mais à l’étage, plusieurs jeunes sont actuellement domiciliés. Et cela, après un dur combat avec les autorités. C’est vrai que les logements sont petits, mais ce sont les futurs locataires qui travaillent à l’aménagement des appartements. C’est la condition pour qu’ils puissent avoir un contrat de location. C’est un peu comme avec Artibano. Ces jeunes en général sortent d’institution et font le dur apprentissage de vivre seul et de gérer leurs revenus.
A Marcinelle, le bâtiment loué par l’asbl était totalement inhabitable. Grâce à leur travail, il est de nouveau OK. et le loyer des jeunes qui ont travaillé permet de couvrir les frais de location. Gros problème actuel: l’orage du week-end a endommagé sérieusement les travaux de rénovation du toit et de la lucarne. Ils doivent rapidement acheter du petit matériel. Toute aide, si minime soit-elle est la bienvenue: 001-4588984-87 : asbl 50 rue de l’Athénée, 6000 Charleroi.
PS: une nouvelle cellule s’est ouverte à Tournai: Rue Jean Noté N° 28/2 dirigée par Douchamps Francis tout les jours du lundi au vendredi de 9h à 12h et sur RDV.
PROCHAINE REUNION DU FRONT: le 08/08/06 à 10h30
Date de création : 29/10/2006 @ 22:06
Dernière modification : 14/06/2008 @ 03:55
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