Mise en danger à la rue - rapport du 30 septembre 2016

Rencontre du 30 septembre 2016 à Bruxelles



Que faire quand on se trouve avec un SDF qui est en danger pour sa santé et qui ne veut pas d’aide. Une trentaine de personnes intéressées par le problème s’est retrouvée ce vendredi 30 septembre. L’Objectif de la rencontre était de mettre en commun nos expériences.

Ce qui a été dit :
On commence à s’inquiéter quand on constate que quelqu’un qui n’est pas en très bonne santé commence à ne plus prendre soin de lui et se néglige. Comme on ne sait pas le voir tous les jours, on essaie de mettre au courant un réseau social autour de lui : des voisins, des amis, le magasin du coin, des passants qui nous avaient téléphoné etc...


À Charleroi théoriquement, il y a des travailleurs de rue, un psychiatre et une infirmière pour s’occuper des SDF, mais en pratique, ils ne travaillent qu’à mi-temps et pas tous les jours. Or, c’est tout de suite qu’il faut agir, mais impossible de les avoir à la rue, ils ne reçoivent que chez eux.


Il faut attendre qu’il soit évanoui pour pouvoir l’évacuer par une ambulance.


Faire embarquer quelqu’un de force contre sa volonté est contre la liberté et les droits de l’homme. Par contre une expérience a été évoquée de quelqu’un qui refusait absolument d’être embarqué alors qu’il avait des plaies et des infections partout. Finalement, le travailleur social qui le connaissait a appelé une ambulance et une fois sur place, quand le gars s’est senti embarqué, il n’a pas résisté ; d’une certaine manière, il a accepté d’être embarqué de force.  Par après, il a remercié d’avoir été sauvé.


Donc : embarqué de force, mais qqun à qui le gars a confiance.


Quand on voit quelqu’un en difficulté en hiver mais qui refuse, on laisse une couverture et on essaye de prévenir ses voisins de le tenir à l’œil.


Les associations sont au courant des difficultés mais sont totalement démunies en face de tels cas.


Il y a des gens qui n’ont plus confiance et il faut tellement de temps pour mettre les papiers en ordre qu’ils se découragent et refusent l’aide. Il faudrait avoir la possibilité dans certains cas d’accélérer les procédures.


À Bxl, il y a le Petit Rempart spécialement désigné pour les personnes plus fragiles : malades ou âgées : 50 places. Depuis un an à Bruxelles, il existe un petit centre médicalisé qui accueille des gens juste après l’hôpital ou qui ne peuvent pas être hospitalisés pcq pas assez malades : une trentaine de places.


Il ne veut pas aller à l’hôpital, car il y a des heures d’attente et parfois on refuse de le soigner et de toute façon, il sera de nouveau à la rue le lendemain, même s’il a une plaie.


Mise en observation (ancien colloqué) : la procédure est très complexe, mais avant d’interpeller un médecin ou la police, il faut savoir qu’ils ne peuvent intervenir que si :

  1. La personne doit être atteinte d'une maladie mentale (pas évident pour nous à déterminer)
  2. La personne met gravement en péril sa santé et sa sécurité
    et/ou elle constitue une menace grave pour la vie ou l'intégrité d'autrui.
  3. La personne refuse les soins.
  4. Il est impossible d'appliquer tout autre traitement (on a épuisé toutes les autres solutions, et on n’a pas réussi)


NB : une documentation plus détaillée fournie par Berth peut être obtenue au Front SDF.


Avant un bus médicalisé circulait, mais il a été noyé de demandes, car bien des gens venaient alors qu’ils pouvaient très bien aller chez un médecin ou à l’hosto. Aujourd’hui avec Dune il y a un bus qui circule, mais sans médecin : uniquement des infirmiers qui sont capables de juger l’état de santé et du suivi.


En Flandres il est difficile de faire reconnaître qqun pour des difficultés psychiatriques. En West Flandre, un projet a été initié pour détecter les gens atteints de psychose.


À Liège dans la gare, plusieurs personnes âgées refusent l’aide ou d’aller dans un dans un hosto ou maison d’accueil, car ils n’ont pas envie d’être en prison : interdiction de fumer, difficile de revoir ses amis, il faut rentrer à l’heure etc…


Même si la personne accepte, quand il sort de l’hosto, il n’y a rien de prévu, il faudrait que les AS ou travailleurs de rue qui l’ont accompagnée puisse être au courant afin de le suivre dès sa sortie.


Intéresser tout le réseau, à la fois les professionnels, mais aussi les non-professionnels, car avec ces derniers il y a des contacts et amitiés qui se lient.


S’ils refusent, c’est parfois parce que jusqu’alors, personne ne s’est occupé d’eux lorsqu’ils ont été expulsé de leur maison, puis de leur squat ; et c’est seulement maintenant qu’ils sont malades qu’on s’occupe d’eux pour éviter qu’ils ne meurent à la rue : c’est trop tard !


On déstructure de plus en plus les gens, une personne même été refusée dans un hôpital à cause d’une dette de 900 €, et après, ils n’ont plus envie de répondre aux invitations de se faire soigner.


On dit que les structures existent, mais en réalité fortement inefficaces, ainsi à Charleroi, les gens sont obligés de rester dans leur squat, même s’il est terriblement insalubre avec des vers dans les matelas, car s’ils osent dormir autre part, ils sont radiés de leur adresse de référence.  En effet, un AS est chargé de vérifier la nuit si les gars sont toujours là.


Avant, les travailleurs sociaux avaient une certaine liberté d’initiative, ils pouvaient inventer et même parfois organiser leur horaires. Aujourd’hui, la pression est exercée par leurs employeurs, il faut des rapports, des justificatifs, cela tue la créativité et l’invention. Certains travailleurs ont même peur, se taisent, se cachent de leur hiérarchie.


Plusieurs refusent le logement, car ils ont peur de se retrouver seuls. En rue, même s’ils sont malades ou en mauvaise santé, ils existent aux yeux des personnes qui passent par-là, ils ont une existence. Par contre, s’ils sont dans un hosto ou en logement privé, ils n’existent plus.


On attend trop longtemps avant de soigner quelqu’un : il n’est pas assez malade mental pour être colloqué, mais il l’est trop pour continuer à la rue, il faudrait des stades de prévention.


Il faut surtout créer et entretenir le contact amical avec la personne. Trop souvent, le travailleur social essaye de voir ce qu’il peut faire pour la personne. Or ce n’est pas nécessairement cela le gars attend, c’est un contact amical, un contact humain, comme avec n’importe qui. C’est seulement après qu’on peut voir ce qu’il attend. Bien souvent les professionnels commencent par essayer de voir les solutions, alors qu’il faut commencer par créer des liens.


Il faut de la collaboration entre professionnels et non professionnels, ces derniers sont tout aussi importants car eux ont le temps de créer des liens.


Plusieurs fois on constate que le personnel hospitalier n’est pas à la hauteur, il n’y a pas de formation spécifique pour eux.


On constate qu’au Samu, beaucoup de travailleurs sont jeunes, ce qui n’est pas vrai dans d’autres services (mais on ne s’est posé la question du pourquoi).


Je ne prenais plus soin de moi question hygiène et santé, même quand les travailleurs sociaux passaient, un jour pourtant, deux dames ont débarqué d’une voiture et m’ont proposé d’aller avec elles manger un morceau de tarte, et c’est cela qui m’a donné goût à repartir dans la vie.


Au restaurant social de chez nous, on essaye de faire attention aux personnes qui viennent et on essaye de garder contact et surtout quand on ne les voit plus depuis plusieurs jours.


Les travailleurs sociaux doivent s’adapter aux personnes et pas uniquement respecter les règles de leur hiérarchie et les règlements qui ne tiennent pas compte des personnes particulières.


Il y a de + en + de situation de cas mental, il faut travailler en amont, directement quand la personne commence à se détériorer
à la sortie de l’hôpital on ne prévient pas le travailleur social qui accompagne, on ne sait même pas que la personne est sortie de l’hôpital, car c’est un secret professionnel qu’on n’a pas le droit, or pour nous, c’est essentiel.


À Bxl, on pense qu’on moins la moitié des personnes sont en difficulté mentale.


Infirmiers de rue ont des modules de formation. Par exemple trouver dans la personne-même le moteur qui pourra se mettre en marche pour qu’elle se décide et aie la force de sortir de sa situation. Formations personnelles ou en groupe, mais payantes, et pas seulement sur Bruxelles.


Il serait intéressant d’établir un répertoire, que les expériences de ce qui va ou ne va pas dans toute la Belgique et faire au rapport aux autorités locales, régionales et fédérales pour qu’elles prennent conscience du problème et puissent prendre des mesures pour travailler en amont.


Il faut de la créativité, de l’invention oser aller plus loin que ce que les ordres nous sont donnés.


Pour la SNCB évidemment l’objectif de notre travail, c’est que les gares soient propres et agréables pour les passants. Mais actuellement c’est une situation difficile à cause du niveau d’alerte niveau trois. Les règles sont beaucoup plus strictes, car les gens alcoolisés ou drogués sont une mauvaise publicité.


En Flandres, il y a trop peu de collaboration entre les différentes associations. Même si l’expert de Sécurail prévient différents services ou associations, ces derniers ne communiquent pas entre eux et fonctionnent séparément, il faut bien plus de collaboration entre professionnels et non professionnels.

Résumé des constats :
L’hôpital ne communique rien au travailleur social qui a accompagné la personne. Il n’est même pas prévenu de sa sortie.


Plus de la moitié des personnes à la rue à Bxl ont des problèmes psychologiques ou psychiatriques.


On va trop vite pour essayer de trouver des solutions, alors que ce que la personne attend, c’est d’abord d’être reconnue comme une personne, avoir de la valeur par rapport à l’autre. C’est pour cela que les non professionnels sont importants, car ils ont du temps.


Les travailleurs sociaux devraient avoir plus de liberté pour permettre des initiatives qui collent plus à la réalité.


Le personnel hospitalier n’est pas toujours à la hauteur avec les sdf, il faudrait une formation.


Quand quelqu’un sort de la rue, il se retrouve seul, n’a plus de réseau social, il n’est plus personne comme il était quand à la rue, ou même hospitalisé.


Un travailleur social qui connaissait bien la personne a appelé l’ambulance pour l’embarquer par force, mais une fois les infirmiers sur place, la personne ne s’est plus défendue, elle a accepté et a remercié par après.


Trop de pressions sur les AS qui doivent faire les rapports et ont peur de prendre des initiatives.

Que faire
Le plus important, c’est de créer un lien avec la personne, ne pas voir d’abord ce dont elle a besoin, mais la laisser parler, établir un rapport d’humain à humain, avant la relation d’humain à professionnel.


Veiller au lien social dans des lieux de rassemblement comme restaurant social, abri de jour, que l’on puisse s’inquiéter de l’absence de quelqu’un.


En Flandres, favoriser les contacts et relations entre les CAW, CPAS et associations.


Faire connaître les formations organisées par les infirmiers de rue/Bruxelles.


Ne pas attendre que la personne soit dans une situation critique, mais se préoccuper d’elle bien avant, sinon on a comme réponse tiens, c’est seulement maintenant que tu fais attention à moi »


Trouver en la personne ce qui peut déclencher un déclic, trouver le moteur qui va lui donner la force de sortir d’où il est et de continuer.


Décisions :
Établir un dossier avec des cas dans toute la Belgique afin d’établir un dossier de propositions à faire aux gouvernements locaux ou régionaux (Infirmiers de rue possède déjà tout un dossier). Faire remonter le dossier aux autorités à travers le front qui est un syndicat et a vocation d ‘interpeller les autorités.


Se retrouver dans un an, probablement avec le SMES et un juriste (Paul flamand ?).

 

 

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